Chroniques

Mardi 21 juillet 2009

Les mangakas n’ont pas fini de me surprendre, ces véritables charognards contemporains pillent des thématiques occidentales sans vergogne avec plus ou moins de réussite : la boulangerie (« Yakitate Ja-pan »), le vin (« Les Gouttes de dieu »), l’histoire européenne (« Jeanne d’Arc », « Vinland Saga »), le rock (« Beck »). Bref qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !!!

 

Intéressons nous à ce nouveau phénomène qui fait hurler les oiseaux et pogoter les écureuils : Detroit Metal City

 

BEEEEEUUUARGGGGGGGGGGGHHHHHHHHH !!!!!!!!

Leur style : Death metal, rock satanique, éruption sonore post-nucléaire, son de débouche-chiotte, et le fameux sempiternel « c'est de la *****, le monsieur a mal à la gorge, pourquoi il rote / moi aussi je peux faire pareil!!». D.M.C fait pas dans la dentelle de fillettes, ces messies de l'apocalypse sont en passe de devenir la référence métal japonaise, les number one du rock à clou, leur ascension est fulgurante !!!

A la fois craint et respecté, D.M.C peut compter sur son  public.  Une horde de marginaux exaltés suivant aveuglement les dernières frasques de leur groupe fétiche.

 

Ce manga atypique suit la vie tumultueuse du charismatique leader de D.M.C. : Krauser. L'idée reçue voudrait qu'une telle sommité démoniaque se consacre à son art : boire, b****r, tuer. Et non, sous le masque se cache en réalité Sôichi Negishi, un jeune homme très fleur bleue, fan de pop suédoise. Sôichi le schizophrène  est amoureux d’une jolie jeune fille, cette dernière ne se doute pas une seule seconde du pot au rose.

 

Va-t-il sortir avec elle ?

Vont-ils jouer au Satanic Emperor ?

Krauser est-il un démon babylonien venu détruire la terre ?

 

Amis métalleux, true warriors de l'apocalypse, adorateurs de Glenn Bunton, ne cherchez pas dans ce manga une vitrine de votre musique préférée, l'univers sert uniquement de prétexte. Ce défaut est vite oublié de par l’originalité du propos et le burlesque du dessin.

L'humour trash et décalé font de cet opus l’une des grosses surprises de l’année.

 

Go to D.M.C. !!!

 


Par Nico
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Samedi 18 juillet 2009

    Petites, Aki et Fumi étaient les meilleures amies. Lorsque Fumi a déménagé, elles n’ont pas gardé le contact.

    10 ans plus tard, le hasard fait que leur route se croise à nouveau.  Toutes deux sont en seconde dans des lycées pour filles différents. Fumi, timide et réservée est plutôt solitaire mais en s’inscrivant par erreur au club de basket, rencontre Yasuko Sujimoto, élève de terminale très en vue. De son côté Aki, d’un naturel enjoué et volontaire fait la connaissance de Kyoko Ikumi, une jeune fille amoureuse de Sujimoto.

Les différents personnages vont se côtoyer lors de la préparation commune d’une pièce de théâtre entre les deux lycées. Des sentiments vont se dévoiler, des secrets être révélés…

 

    Le titre "Fleur bleues" indique clairement qu’il s’agit d’histoires d’amoures d’adolescentes. Mais nous sommes loin des histoires mièvres et sans saveurs des shojos classique, avec leurs petites fleurs et leurs étoiles dans les yeux…

    L’auteure met au cœur de son scénario l’amitié entre Aki et Fumi mais aussi l’homosexualité de cette dernière. A part le frère un peu crétin d’Aki, les garçons sont quasi inexistants dans ce premier volume. Le rôle le plus masculin est tenu par Sujimoto dont l’allure et la prestance n’est pas sans rappeler Haruka Teno dans Sailor Moon (bah quoi relisez vos classiques un peu !!!).  

    Le dessin est proche de celui d’Ebine Yamaji, une des seules auteures de Yuri traduite en France (chez Asuka) : des traits fins, de grands aplats noirs, peu de décors. Il n’y a pas besoin de fioritures, tout est centré sur les personnages et leurs émotions.

 

    Voici donc un très bon shojo aï/yuri avec la découverte hésitante et maladroite des sentiments chez les adolescentes.

 

    A ce sujet, un seul yuri alors que la vague yaoi déferle, il faudrait peut être rééquilibrer la balance…


 

Par Lau
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Mercredi 1 juillet 2009

Ikigami / Motoro Mase .- Asuka, 2009

 

Va-t-on enfin vers une reconnaissance du manga, est-il concevable qu’on cesse un jour de  le considérer comme une simple distraction adolescente ?

Bien évidemment et j’en suis persuadé : la France est le deuxième pays consommateur de manga, il sera lu comme au Japon par toutes les classes d’âges. Mais pour se faire, il va falloir éduquer les masses, et arrêter de systématiser cette culture à un ninja de pacotille nommé Naruto.

 

Le temps est venu de parler d’auteurs importants comme Motoro Mase, bruler en place public le stupide monstre jaune appelé Pikachu me semble un bon début.

On se souvient de Mase, dans le cas contraire fouillez dans Manga Ja-pam lire ma chronique précédente !!!

C’est l’auteur du terrible « Heads », un thriller démoniaque où un jeune homme se prend une balle en pleine tête, se fait greffer une moitié de cerveau et plonge dans une schizophrénie inquiétante.

 

A la manière du « 1984 » de Georges Orwell, Mase met en scène un état totalitaire aux moyens de contrôle pour le moins surprenants.

Pour assurer la prospérité de la nation, la classe dirigeante impose à son peuple un positivisme diabolique. Dans cette dictature, tous les enfants reçoivent une injection contenant des vaccins. Certaines doses contiennent une micro capsule létale : l’Ikigami.

Entre 18 et 24 ans, une personne sur mille doit mourir, inculquant ainsi le goût de vivre, et une parfaite soumission à l’état.

Le héros de cette histoire Fujimoto, travaille au sein de cette administration, il est chargé de remettre le préavis de mort aux élus. Ce vil travail n’est pas sans conséquences, le jeune homme est tiraillé.

Que feriez-vous s’il vous restait 24h à vivre. Ces deux premiers tomes montrent différents comportements : la folie vengeresse d’un jeune homme, la bonté d’un auxiliaire de vie dans l’accomplissement de son travail, ou le destin raté d’une jeune musicienne.

 

Ce manga a suscité la polémique au Japon, certains y voient une allégorie frappante du Japon contemporain. Image appuyée par les travers de ce tout petit pays : son patriotisme, son rejet de l’individualisme et ses atteintes aux libertés fondamentales. Mase déclare d’ailleurs qu’Ikigami serait interdit sous une dictature. Nous n’en sommes pas encore là, toutefois rappelons nous du « Big brother » (1984 / Orwell), la littérature est parfois prémonitoire.


 

 


Par Nico
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Lundi 22 juin 2009
Je ne suis pas mort / Hiroshi Motomiya .- Delcourt, 2009 (1T.)

"Tu bosses toute te vie pour payer ta pierre tombale",
j'aurai jamais pensé commencer une chronique par cette tirade de Trust, il faut
un début à tout me direz-vous.

Kenzô Okada est un vieux monsieur sur le déclin, avant d'être licencié il était comptable.
Le monde a beaucoup changé, la fracture générationnelle actuelle est extrêmement violente,
Les nouvelles technologies ont chamboulé notre façon de communiquer, de s'informer et de consommer.
Pourquoi se servir d'un ordinateur, j'ai un boulier qu'il disait!!!
En revenant chez lui, il constate que sa femme est partie, et ses économies avec.
Le vieil homme fatigué décide d'en finir, mais le destin va en décider autrement.
En s'isolant au fond des bois, Kenzô reprend goût à la vie.
Les devoirs et les obligations n'ont plus lieu d'être, seul l'instinct de survie prédomine.
L'homme est un animal qui s'ignore!
Gaïa est généreuse parait-il, la vénérable destinée a d'autres projets pour Kenzô.
Un projet se balançant au bout d'une corde, mais ça c'est un autre histoire!!!

Un one-shot de qualité, sincère et émouvant qui aurait peut-être mérité un second tome.
"Je ne suis pas mort" nous invite à réfléchir sur notre humanité, et sur le rapport à nos aïeux.
A l'heure du chacun pour soi, il n'est pas inutile de lire cet opus, ça ne peut pas nous faire de mal. A bon entendeur...

Dans un registre assez similaire, je vous invite à lire "journal d'une disparition"


Par Nico
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Mardi 19 mai 2009
Heads / Mase, Higashino .- Delcourt, 2005 (4 T.)

Si un réalisateur me lit, et je suis sur qu’ils sont nombreux inscrits au fil RSS de Manga Japam, adaptez au plus vite « Heads » !!! S’il vous plait.

Rarement, un manga ne m’avait captivé comme ça, une homogénéité parfaite entre le scénario, le dessin et la trame romanesque.

L’intrigue parfaite sous tous point de vues, ne s’encombre pas d’extraordinaire et de fantasque…L'histoire s’inscrit dans le réel et le dessin, même s’il ne vaut pas un Eisner reste toutefois très agréable…

 

Jun-Ichi est un jeune homme d’une vingtaine d’années timide et réservé. Il mène une vie sans histoires se partageant entre son travail et sa passion pour la peinture. Notre otaku a depuis peu trouvé une copine avec qui il file le parfait amour… Jusqu’au jour où !!!

Le grain de sable qui a fait dérailler la machine : il assiste à un braquage dans une agence immobilière, le forcené fait feu en direction d’un enfant. Jun-Ichi, dans un acte héroïque se met dans la trajectoire du tireur, le sauve, mais se prend la balle en pleine tête.

Les médecins vont tenter une première mondiale : la greffe de cerveau. Bien qu’expérimentale, l’opération se déroule bien. Un suivi médical est nécessaire mais le jeune homme peut reprendre sa vie comme avant. Au début, Jun ressent des petits changements : il ne supporte plus les taches de rousseurs de sa petite copine ou il éprouve le besoin de boire du café alors qu’il détestait cette boisson auparavant. De petits symptômes qui en disent long !!!

Mais peu à peu son état empire, la schizophrénie se terre dans les méandres de son cervelet, quelqu’un  s’est installé dans sa tête.

En enquêtant sur sa dualité comportementale, il va chercher à savoir qui est son donneur, quel est son passé et pourquoi il a commis un tel acte.

Je préfère arrêter cette chronique, il serait dommage que je vous dévoile, au détour d’une tournure grammaticale un point important de ce fabuleux psychodrame.

Si, un dernier mot sur l’excellente mise en scène donné par Mase à son manga : l’histoire est découpée de façon cinématographique façon polar, le fil de l’histoire se déroule simplement avec les différents protagonistes de l’intrigue.

Je lance une perche, mais je verrais bien Fincher ou Aronofsky s’y atteler. Et les gars, vous attendez quoi ?


 

Par Nico
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Mercredi 15 avril 2009

D.N.A.² / Katsura .- Tonkam, 2006

Après l’excellent « Vidéo Girl Aï », Masakazu Katsura remet le couvert. Mais attention, les couverts sont en plastique, ce soir on finit les restes !!!

 

«  D.N.A.² ou le gratin de pâtes au gruyère. »

 

Désolé pour cette symbolique foireuse, mais je me demande encore ce qui lui est passé dans la tête : Pourquoi avoir sorti un ersatz loufoque de Vidéo Girl Aï (heureusement finit en cinq tomes).

 

D.N.A², c’est l’histoire très originale d’un adolescent ordinaire, Junta, qui n’à aucun succès avec les demoiselles. Heureusement, une belle jeune fille nommée Karin venue du futur (ressemblant étrangement à Aï) débarque dans sa misérable vie de puceau.

Le repas…euh l’histoire ne se passe pas exactement comme prévue, elle lui injecte malencontreusement un ADN modifié : notre infâme chenille  devient alors un super méga playboy de la mort qui tue, aux supers pouvoirs atomiques.

A ce moment de la chronique, vous vous demandez pourquoi la vie de Junta est chamboulée du jour au lendemain, je vais vous expliquer :

Dans le futur, du fait de sa ‘bogossité’* exceptionnelle, il aura une centaine d’enfants et va devenir la cause de la surpopulation mondiale. Wahouuuu !!! On n’avait pas vu concepts aussi moisis depuis le fameux « retour des tomates tueuses ».

 

Alors oui bien sûr, on retrouve l’ennemi originel : le beau gosse du lycée détrôné qui veut se venger.  Dans ce gratin de banalité, régalez vous aussi de bons sentiments avec la meilleure amie de Junta, une jeune fille caractérielle et innocente.

Et si vous n’êtes pas encore repu, il vous reste la bimbo du groupe qui sous ses aspects puérils apporte au manga un peu d’épice et de caractère.

 

La cuisine des restes est un art, certains plats ne s’accommodent pas avec n’importe quoi.

Pour faire un bon D.N.A² :

-         hachez grossièrement Vidéo Girl Aï

-         incorporez-y sept boules de cristal (c’est pour donner un coté Saiyen (DBZ) au héros)

-         Enfin, faite revenir le tout dans un bouillon d’humour typiquement nippon.

Et vous obtiendrez ce manga prédigéré, fade et à la limite du comestible.

 



 

 * Bogossité : le fait d'être un homme agréable à regarder

 

Par Nico
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Vendredi 10 avril 2009
Les Fils de la terre / Hataji, Môri .- Delcourt, 2007

Tandis que revoilà le printemps et son cortége de nez fontaines, de yeux rouges, le pollen est à l’œuvre pour redonner vie à toute cette nature morte.

Enfin sinon, l’arrivée du beau temps m’a donné envie de lire ce manga dont le titre ne laisse aucun équivoque quant à son contenu. Un regain d’intérêt pour le monde paysan et la culture bio peut-être, va savoir ! C’est dans l’air du temps, je suis un grain de pollen dans ton système immunitaire : Cours acheter des antihistaminiques chez ton pharmacien ou péris sous une montagne de mouchoirs usagés !!!!

 

Le Japon traverse une crise grave, l’agriculture n’est pas un marché porteur, les jeunes s’en désintéressent et concentrent leurs études sur les nouvelles technologies. Hormis la pèche, l’administration a cannibalisé le secteur primaire, le taux d’autosuffisance alimentaire est  au plus bas.  

Le premier ministre en place décide d’y remédier (sans engager beaucoup de moyens), et fait appel au passionné Shuntaro Natsume : une jeune recrue du ministère de la culture et de l’éducation. Sa mission : pousser quinze mille nouveaux jeunes vers les métiers de la terre.

 

Shuntaro est alors muté…euh pardon affecté dans un lycée agricole perdu au cœur du japon, il se confronte alors au désastre paysan nippon :

des vieillards dans les champs

 une mise en jachère trop importante des terres (la Gentan) pour répondre aux directives.

et un intérêt très limité tout simplement du Japon pour ses campagnes.

 

Cette prise de conscience exige un constat politique sévère, les dirigeants imposeraient-ils des lois qui vont à l’encontre du bon sens ? Les systèmes de quota et d’aide financière aident-ils vraiment le monde paysan ? Et pouah, il n’a pas de goût ce concombre !!!

 

Contrairement à ses homologues fonctionnaires, le jeune Shuntaro aborde la question de manière empirique, il va mettre les mains dans le cambouis comme on dit, (même s’il eut été plus adéquat de parler de terreau…), faut voir la pugnacité ou l’entêtement c’est selon, qu’il met à enlever les mauvaises herbes.

 

Déterminante sera sa rencontre avec Kohei, un des rares jeunes agriculteurs resté au village. Il va lui montrer les ficelles du métier et le guider, non sans heurts dans le monde « merveilleux- gentil & mignon » des paysans…

 

Quel dommage que les personnages ne soient pas un peu plus vindicatifs. La révolte, même paysanne fait un minimum la gueule, les noms d’oiseaux volent au dessus des barricades…non ?

S’il vous plait, amis mangaka, sortez de ce schéma. Toujours la même dichotomie, les méchants d’un coté et les gentils ‘bisounours’ de l’autre. Ça n’existe pas les gars,  nom d’un foutu radis noir !!! En donnant plus d’aspérité à vos personnages, le scénario n’en sera que meilleur !!! CQFD

 

En définitif  un manga très bien documenté, une histoire agréable mais des personnages beaucoup trop caricaturaux.

 

 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

Par Nico
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